Hypersensible

Toi et moi on fait partie

De la même espèce

Celle que les mots durs étrillent

Comme du barbelé

Je sens quand tu souffres

Sans même le demander

Pas besoin de plonger

Dans tes yeux délavés

 

Hypersensible

Tu marches sur un fil

Tu cherches en vain l’échelle

Pour atteindre le ciel

 

Toi et moi on fait partie

De la même famille

On se sent sans parler

On respire le même air

On tente de décoller

Au plus loin de l’orage

Et des soupirs plombés

 

Hypersensible

Tu marches sur un fil

Tu cherches le marchepied

Pour pouvoir t’échapper

 

Toi et moi on est couchés

Dans la même ornière

Tu sais trouver de l’or

Au fond de ma rivière

Je sais quand tu voudrais

Disparaître sous terre

Tu sais me remonter

Vite vers la lumière

 

 

Au bout de la jetée

Au bout de la jetée

Pas un chat sur le quai

Les jambes dans le vide

Les lumières qui oscillent

La pluie entre mes cils

Tu as quitté la ville

Abandonnant mon coeur

Epave sur le pavé

 

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

Dans la brume rose je vois

Le phare qui disparaît

On va vers le printemps

Et puis l’été, après

Tu te souviens on se baignait

Le ferry s’en allait

Avec dans son sillage

Le reflet de ton visage

  

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

La nuit a fini par tomber

Demain la vie reprendra

Mais l’herbe ne repousse pas

Quand la terre est brûlée

Ce napalm dans tes mains

Si tu savais combien

Il a fait de dégâts

 

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

 

 

 

 

 

 

Comme le thé

Ne deviens pas amer

Comme le thé qu’on a laissé trop longtemps

Dans la tasse

Ne  laisse pas les indifférences et les lâchetés

Rogner sur la beauté du monde

L’interstice dans le temps

Le reflet métallisé du lac

Les bourgeons du peuplier qui renaît

Ne laisse pas les souvenirs mauvais t’écraser

Appuie toi plutôt sur moi

Pour décoller

Quitte ou double

D’un rien tu as fait de mon coeur un brasier

Avec tes quitte ou double

Et la douche écossaise

Après les bains de l’été

Quand je te recueillais dans mon lit

Comme un chaton ébouriffé

Tu rêvais de plonger

D’escalader d’autres sommets

Petit animal curieux

Crashé entre mes deux oreillers

Feu follet qui ne songeait qu’à s’échapper

Les jours rallongent

Les jours rallongent

Le ciel est rose plus longtemps

On va vers le printemps

Et puis l’été, après

Comme quand on se baignait

Tu te souviens, on regardait

Le ferry qui partait vers l’Angleterre

Les jours rallongent

Je sens la douleur qui s’étale

Je préfèrerais qu’elle s’étiole

Tu es partout, malgré le temps qui passe

Je brode toujours le même motif

Deux grands yeux bruns

Du vif-argent saisi au vol

Et si vite échappé

Les jours rallongent

Mais l’herbe met du temps à repousser

Quand la terre a été à ce point brûlée

Tout ce napalm dans tes belles mains

Je suis sûre que tu ne te souviens de rien.

Machine à bulles

Je ne suis pas une machine à bulles

La légèreté à tout crin, ça ne sert à rien

Surtout quand il n’y a personne pour t’aider

Parfois je me sens estropiée

Sans un souffle d’air pour me porter

Essorée par la banalité

Je cherche en vain une perle

Dans un coquillage ébréché

Celle qui ne serait pas trop lourde

Sur mon collier