Les battements sous la peau

On avait décidé

Hop le coeur au placard

Puisqu’il ne servait plus

Il avait le cafard

Confiné dans sa gangue

Il se mourait, exsangue

Quand tout d’un coup

D’un seul,

Quand la France nécrosait

On frappa à sa porte

Et même on le secouait

On l’avait reconnu

On lui donnait de l’eau

On lui hurlait

« Regarde, regarde

Les battements sous la peau »

La braise et la cendre

Puisqu’il avait le pouvoir de le faire, il la réduisit à un tas de branchages. Du bois poreux, haché menu par la morgue que lui conférait sa position de dominant, d’aigle royal, croyait-il.

Elle était disloquée et brûlante, inerte. Mais soudain, elle s’enflamma, faisant crépiter ce qu’il lui restait de corps et d’âme.

L’étincelle le surprit, alors qu’il était penché sur elle pour admirer son oeuvre. Il fut carbonisé immédiatement et entièrement.

Elle contempla le tas de cendres, et lui dit :  » Je suis et demeurerai la braise. »

Canicule

Elle courut dans les allées d’Orsay jusqu’au tableau, propulsée par la lumière bleue qui transperçait la vaste verrière. Insensible aux sourcilleux agents de sécurité, peu habitués à ces élans du coeur, retranchés en eux-mêmes. Garants d’une expression plate des sentiments, pas rageuse, comme celle qui l’animait, la débordait. Hermétiques aux vibrations de la foule, uniquement raccordés à leurs oreillettes.

Elle ne voulait être ni hermétique, ni calme. Elle courut, arriva. Se prit la toile en pleine face, plantée dans le mur au-dessus d’une canopée de cheveux de touristes asiatiques.

Tant de fois elle l’avait imaginée, tracé ses contours pour elle-même dans sa cervelle. Aujourd’hui, il se dressait devant elle, ce pubis touffu, ces courbes que d’aucuns trouvaient obscènes.

La canicule transformait les hommes en paille de fer, au-dehors. Leurs larmes séchaient avant même d’avoir existé. Elle se laissa glisser sur le carrelage frais.

 

Flaque de lune

Le coeur en bandoulière, enveloppé de plusieurs bandes de gaze. Le ciel rose qui crève les nuages à travers le toit, la tête renversée. Les pieds au mur pour laisser la journée s’écouler.
Tout ça, elle aimerait lui raconter. Mettre sur le papier toutes ces émotions qui la boursouflent tous les matins et tous les soirs.

Lui dire quelles étoiles elle a vu quand il était là. Sur quelles vibrations elle a tissé sa toile d’araignée, fils légers, roulés dans le givre de janvier. Mais elle sait que la lune n’a pas brillé pour lui. C’était juste un reflet. Une flaque dans laquelle il a marché.

La rose rouge

La rose rouge porte beau

Dans le bouquet sur la photo

Sur la pierre froide

Un dialogue absent

A ma mère à ma soeur

Des mots qui glacent le sang

La rose rouge portait haut

Mon coeur contre le tien

Quand tu m’attendais, héros,

Le soir à la descente du train

La rose rouge s’effeuille dans le vase

Quand l’acide des mots

M’explose au visage

Les débris de verre et de ciel

Tes histoires, de moins en moins belles

La rose rouge

Comme le sang en étoile

Et cet amour qui ne bouge

Sur le marbre je m’étiole

Et je finis de crever

Comme un ballon dégonflé