La louve est revenue. Je sais que c’est une louve, ne me demande pas pourquoi.
Elle n’a pas tué d’agneau cette fois-ci. J’avais veillé à les regrouper avec le quad et Billie, puis nous avions marché sous le patronage de la Merveille jusqu’à la bergerie.
Les prés salés s’étiraient jusqu’au rocher mousseux dont la silhouette discrète apparaissait dans la baie. Tombelaine, la tombe d’une baleine. La sonorité me faisait sourire. Je savais pourtant qu’on ne plaisantait pas avec Tombelaine. On pouvait s’y noyer en un clin d’oeil. Des âmes y avaient été immergées aussi, précieuses. Je l’avais survolé, une fois. Plus haut que l’archange, il fallait le faire.
La louve avait rodé, mais elle n’avait pas mis à mort. Sa trace remontait à plusieurs semaines, selon les observateurs venus la pister comme une maladie contagieuse. Billie l’avait sentie, elle aussi, faisant monter de son poitrail un grondement qu’on ne lui entendait que rarement.
Ce soir-là, malgré la canicule précoce de cette nouvelle époque à laquelle il faudrait s’habituer, ou mourir, j’avais fermé les portes de la grange. Les moutons devraient attendre l’aube pour s’ébrouer. La louve n’était pas notre ennemie, mais je tenais à mes brebis. Elle passerait, reniflerait, poursuivrait sa route dans les hautes herbes. Jusqu’à la prochaine fois.