Les plis de la forêt

Je vois la vie à travers un voile

C’est le rideau de ma chambre

Je crois que je n’en peux plus d’attendre

Tu manques à tout le monde aujourd’hui

Aujourd’hui n’était que lambeaux de pluie

Je sais que tu as la tête ailleurs

La mienne s’est élevée sur les toits rouges

Dans les vallées vertes et noires

Dans les plis de la forêt

La vie est dense quand tu n’es pas là

Mais la vie n’est danse qu’avec toi

Trompette

Le souvenir du vent

A soulevé mon coeur

Il brillait

Désordonné, mouvant

Par mon sang

Irrigué

Comme une trompette

Le passé s’est noyé

Le souvenir du fracas

De ma voix dans la tienne

Au soir brûlant

D’entre les draps

D’où que je me souvienne

De là est venu

Le néant

Sans traîne

Un jour tu ne seras plus qu’un prénom dans une liste, une photo dans une caisse, une image au milieu de celles des autres. Il n’y a que ta vanité pour croire le contraire. Tu n’es et n’a jamais été une étoile. Tu es une poussière sans traîne. Repoussé vers les extérieurs du monde, tu seras.

Shibuya

Je suis allée à Shibuya. J’ai traversé, à Shibuya. J’ai même fait une photo en plein milieu du carrefour avec celle qui était mon amie, alors. Puis, j’ai photographié les pieds et les jambes de toutes celles et ceux qui avaient atteint l’autre rive de cette mer de têtes, de bras, de coudes, de chaussures, qui avaient survécu aux vagues déversoirs de cadres en costume et collégiennes en jupe plissée.

Près de la statue du chien, j’ai pensé à Charlotte et son parapluie transparent, à son spleen aussi épais qu’une tranche de rosbif. Il fusionnait avec le mien, comme je l’avais espéré. Augmenté de la puissance de cette marée de solitudes précipitées, compressées entre deux panneaux publicitaires.

Le silence n’existe pas, à Shibuya. Le vide du vertige emporte tout.

Il faut s’éloigner de deux rues pour voir la vie qui reprend, au son des gouttes de bouillon s’échappant des ramen brunes aspirées par les survivant.es de la lessiveuse, abrités quelques instants derrière la vitre d’un restaurant.

Je n’ai rien trouvé, à Shibuya. Le ciel était rose, mais Bob n’y était pas.

Je ne serai pas

Je ne serai pas

La vase qui colle

A tes semelles

Ni la corde

Qui sans cesse te rappelle

Que tu es mortel

Je ne serai pas

L’épine du bouquet

Rien qu’une rose déguisée

Pour te vampiriser

Moi pour toi je voulais

L’air, le feu et la terre

Toutes les vagues, l’eau salée

Les étoiles, ciel et lune

Dans nos coeurs

Plus de brume