Vieille fille

Vieille fille

C’est comme ça qu’on dit

Quand on n’a personne dans sa vie

Quand sur le papier

Aucun autre nom que le tien

N’apparaît

Vieille fille

Comme si t’étais perdue pour la cause

Rangée parmi les moroses

Tout juste bonne pour la ménopause

Vieille fille

Quand t’as passé 30 ans

Et qu’t’as pas voulu d’enfants

Que tes chemins n’ont pas suivi

Le torrent du tout-venant

Vieille fille au coeur sec

Veut-on croire

Parce qu’on n’sait pas garder un mec

Qu’on n’a pas peur des prises de bec

Vieille fille d’accord

Vieille fille peut-être

Mais fille, femme, soeur, amie d’abord

Une rivière où on trouve de l’or.

Le bouquet de la mariée

Auras-tu le courage avec moi

De ne pas attraper

Le bouquet de la mariée

D’être dans mon coeur

Et moi dans le tien

Sans m’écraser

Sans rien me demander

Voudras-tu construire une maison

Avec des murs en mousse

Qui ne ressemble à aucune autre ?

Auras-tu le courage de cheminer avec moi

Sur une route pas balisée

De planter un arbre

Sur un terreau infertile

Et de l’aider à grandir quand même ?

Auras-tu la force de me tendre la main

Quand je vacillerai sur mon filin ?

Saint-Brelade’s bay

Aujourd’hui je t’ai vu sur une photo

Avec une fille qui n’était pas moi

Tu avais les mains sur son dos

Mon coeur n’a eu aucun sursaut

J’ai cherché à distinguer son visage

Elle ne me ressemblait pas

J’ai pensé que c’était mieux pour toi

Que tu avais réussi à dégager

Tous les boulets que tu traînais

Tu as certainement oublié

Le bain à Saint-Brelade’s bay

Le soleil levant sur le bouddha couché

La nuit chaude de juillet

Dans laquelle on s’était lovés

Herbe coupée

Tu as le même parfum

Que cet amour d’il y a longtemps

C’est vertigineux comme les sensations

Me reviennent

C’est fin mai et j’ai la fenêtre ouverte

Sur les bruits de la nuit

Ils étaient morts ces derniers temps

Et ils renaissent au même moment

Comme l’odeur de l’herbe coupée

Hypersensible

Toi et moi on fait partie

De la même espèce

Celle que les mots durs étrillent

Comme du barbelé

Je sens quand tu souffres

Sans même le demander

Pas besoin de plonger

Dans tes yeux délavés

 

Hypersensible

Tu marches sur un fil

Tu cherches en vain l’échelle

Pour atteindre le ciel

 

Toi et moi on fait partie

De la même famille

On se sent sans parler

On respire le même air

On tente de décoller

Au plus loin de l’orage

Et des soupirs plombés

 

Hypersensible

Tu marches sur un fil

Tu cherches le marchepied

Pour pouvoir t’échapper

 

Toi et moi on est couchés

Dans la même ornière

Tu sais trouver de l’or

Au fond de ma rivière

Je sais quand tu voudrais

Disparaître sous terre

Tu sais me remonter

Vite vers la lumière

 

 

Au bout de la jetée

Au bout de la jetée

Pas un chat sur le quai

Les jambes dans le vide

Les lumières qui oscillent

La pluie entre mes cils

Tu as quitté la ville

Abandonnant mon coeur

Epave sur le pavé

 

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

Dans la brume rose je vois

Le phare qui disparaît

On va vers le printemps

Et puis l’été, après

Tu te souviens on se baignait

Le ferry s’en allait

Avec dans son sillage

Le reflet de ton visage

  

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

La nuit a fini par tomber

Demain la vie reprendra

Mais l’herbe ne repousse pas

Quand la terre est brûlée

Ce napalm dans tes mains

Si tu savais combien

Il a fait de dégâts

 

D’un rien tu avais fait

De ma vie un brasier

Tu rêvais de plonger

Gravir d’autres sommets

Sans moi tu as embarqué

Sur un cargo sans arrêt

 

 

 

 

 

 

 

Comme le thé

Ne deviens pas amer

Comme le thé qu’on a laissé trop longtemps

Dans la tasse

Ne  laisse pas les indifférences et les lâchetés

Rogner sur la beauté du monde

L’interstice dans le temps

Le reflet métallisé du lac

Les bourgeons du peuplier qui renaît

Ne laisse pas les souvenirs mauvais t’écraser

Appuie toi plutôt sur moi

Pour décoller