La louve

La louve est revenue. Je sais que c’est une louve, ne me demande pas pourquoi.

Elle n’a pas tué d’agneau cette fois-ci. J’avais veillé à les regrouper avec le quad et Billie, puis nous avions marché sous le patronage de la Merveille jusqu’à la bergerie.

Les prés salés s’étiraient jusqu’au rocher mousseux dont la silhouette discrète apparaissait dans la baie. Tombelaine, la tombe d’une baleine. La sonorité me faisait sourire. Je savais pourtant qu’on ne plaisantait pas avec Tombelaine. On pouvait s’y noyer en un clin d’oeil. Des âmes y avaient été immergées aussi, précieuses. Je l’avais survolé, une fois. Plus haut que l’archange, il fallait le faire.

La louve avait rodé, mais elle n’avait pas mis à mort. Sa trace remontait à plusieurs semaines, selon les observateurs venus la pister comme une maladie contagieuse. Billie l’avait sentie, elle aussi, faisant monter de son poitrail un grondement qu’on ne lui entendait que rarement.

Ce soir-là, malgré la canicule précoce de cette nouvelle époque à laquelle il faudrait s’habituer, ou mourir, j’avais fermé les portes de la grange. Les moutons devraient attendre l’aube pour s’ébrouer. La louve n’était pas notre ennemie, mais je tenais à mes brebis. Elle passerait, reniflerait, poursuivrait sa route dans les hautes herbes. Jusqu’à la prochaine fois.

Je ne t’assure de rien

Je ne t’assure de rien

Ni du ciel enneigé

Quand le Dahlia s’embrume

Ni des étoiles percées

Je ne t’assure de rien

Car le vent est libre

De tournoyer sans toi

S’il veut, il te fracassera

Je ne t’assure de rien

Même si j’aimerais croire

La beauté immuable

Et la dune impassible

Je ne t’assure de rien

Je ne t’assure de rien

Je ne t’assure de rien

Je suis un orage

Je suis un orage

Boursouflé de pluie et de soleil

Dans le même mouvement

Quand les autres sont paisibles

Je suis un orage

Celui des étés bourdonnants

Sous les toits

Et des colombes foudroyées

Celui des hivers

Aux langueurs anthracites

Celui des printemps qui tardent

Je suis un orage

Et même tous les orages du monde

C’est obséquieux, je sais

Elle en a décidé ainsi,

La fronde

Le plongeoir

Tout en haut du plongeoir

Tu regardes l’eau qui brille en bas

Elle te fait envie, c’est sûr

Tu coulerais avec ton armure

Ici le coeur de l’histoire

Sautera, sautera pas ?

On plonge pas en sarcophage

Ni empesé par la fange

Mais comment se délester ?

Tu voudrais l’aimer, c’est sûr

Ton coeur périt sous l’armure

Les étoiles filantes

Ce soir-là, ils les avaient attendues, les étoiles filantes. Ils savaient tous deux que c’était un prétexte, que le lampadaire de l’autre côté de la haie ferait tout pour s’interposer entre le ciel et eux.

La voûte nocturne les enveloppait pourtant, et rien de la touffeur de cette fin de soirée d’août ne leur pesait.

Il s’était blotti contre son épaule. Avait passé un bras autour de sa taille. Il gisait allongé avec elle sur une couverture à même le sol, à guetter dans l’opacité des filaments lumineux dont il se fichait éperdument.

« Tu penses à quoi ? », avait-il glissé, tandis que son coeur sortait de sa gangue. Elle en avait eu le souffle coupé : un miracle venait d’exploser sous ses yeux.

Les tourments laissaient donc place à la joie, à la tendresse, à l’audace, parfois. La Terre venait de faire un tour sur elle-même, c’était certain.

Ce soir-là, ils les avaient attendues, les étoiles filantes.

Je ne peux pas

Je ne peux pas

Te crever le coeur

Ni cisailler tes yeux

Au cutter

Alors j’écris le marteau

Pour détruire le silence

Que tu as édifié

Je ne peux pas hurler

Comme une louve

Devant ta porte

Alors j’écris les voix

Que j’envoie aux étoiles

Elles ne se défendent pas