Le cri du paon

 » Je boirai ton sang et tu boiras le mien. »

« Tu es folle », dit-il en relevant la tête d’entre ses cuisses.

« Non », répondit-elle, la tête renversée contre les barreaux du lit, les bras en croix sur la couette en lin. « Comme ça, on sera mêlés pour toujours. »

« Je préfèrerais me marier », glissa-t-il avant de reprendre sa position initiale, à genoux sur le parquet, un des pieds dépassant du tapis.

Le cri du paon dans le parc les fit sursauter tous les deux. « Je ne veux pas me marier, et tu sais très bien pourquoi, réussit-elle à articuler. Continue. »

Les battements sous la peau

On avait décidé

Hop le coeur au placard

Puisqu’il ne servait plus

Il avait le cafard

Confiné dans sa gangue

Il se mourait, exsangue

Quand tout d’un coup

D’un seul,

Quand la France nécrosait

On frappa à sa porte

Et même on le secouait

On l’avait reconnu

On lui donnait de l’eau

On lui hurlait

« Regarde, regarde

Les battements sous la peau »

La braise et la cendre

Puisqu’il avait le pouvoir de le faire, il la réduisit à un tas de branchages. Du bois poreux, haché menu par la morgue que lui conférait sa position de dominant, d’aigle royal, croyait-il.

Elle était disloquée et brûlante, inerte. Mais soudain, elle s’enflamma, faisant crépiter ce qu’il lui restait de corps et d’âme.

L’étincelle le surprit, alors qu’il était penché sur elle pour admirer son oeuvre. Il fut carbonisé immédiatement et entièrement.

Elle contempla le tas de cendres, et lui dit :  » Je suis et demeurerai la braise. »

Canicule

Elle courut dans les allées d’Orsay jusqu’au tableau, propulsée par la lumière bleue qui transperçait la vaste verrière. Insensible aux sourcilleux agents de sécurité, peu habitués à ces élans du coeur, retranchés en eux-mêmes. Garants d’une expression plate des sentiments, pas rageuse, comme celle qui l’animait, la débordait. Hermétiques aux vibrations de la foule, uniquement raccordés à leurs oreillettes.

Elle ne voulait être ni hermétique, ni calme. Elle courut, arriva. Se prit la toile en pleine face, plantée dans le mur au-dessus d’une canopée de cheveux de touristes asiatiques.

Tant de fois elle l’avait imaginée, tracé ses contours pour elle-même dans sa cervelle. Aujourd’hui, il se dressait devant elle, ce pubis touffu, ces courbes que d’aucuns trouvaient obscènes.

La canicule transformait les hommes en paille de fer, au-dehors. Leurs larmes séchaient avant même d’avoir existé. Elle se laissa glisser sur le carrelage frais.