30 août

La maison s’est effondrée

Et je suis en miettes à côté

Le coeur ouvert, pulvérisé

En morceaux de chair brisés

Tu continueras ton chemin

Sans regarder en arrière

Je vais arrêter de respirer

En pensant à tes mains

Que je ne sentirai plus jamais

Tous ces mais qui se dressent entre nous

Sont d’injustes coups de marteau

Alors que j’avais remisé les armes

Je dois monter en hâte un mur

Entre moi et mon coeur, mon âme

Je garde en moi

Je garde en moi

Tous les émerveillements

Tous les coeurs qui explosent

Les fonds des yeux luisants

Les hommes courageux, fiers et droits

Les premières eaux turquoise

Et les serments de foi

Je jette très loin

Les mascarades immondes

Les reproches qui grondent

Les choses sales qui trainent

Et les larmes moisies de rancoeur

Je laisse là ton coeur

Je lance le mien très haut

Pour voir s’il retombe

A toi qui

A toi qui me voues aux gémonies après m'avoir portée aux nues
A toi qui me méprises parce que j'ai fait ce que j'ai voulu
A toi qui t'emporte car j'ai pas respecté le délai de veuvage 
après que tu m'as dégagée de ta vie par texto
A toi qui avais laissé en évidence le cadeau de Noël 
que je t'avais fait dans l'entrée quand je suis venue chercher mes affaires
A toi qui m'a adorée et qui aujourd'hui me traite de pute
A toi qui change de paradigme parce que t'as pas réussi 
à m'enterrer dans ton cercueil de certitudes moisies
A toi qui m'a traitée de frigide quand j'avais pas envie de toi
A toi qui a pris ce qu'il y avait à prendre 
et qui m'a fermé la porte au nez quand je t'ai ouvert mon cœur
A toi à qui j'ai confié que me sentais seule comme un chien 
et qui a préféré aller faire du paddle
A toi qui poses des questions mais qui n'écoute pas les réponses
A toi qui ne réponds pas aux messages où je t'explique 
à quel point c'est difficile
A toi qui m'a regardée pleurer avant de me le reprocher
A toi qui ne m'a pas aidée quand j'ai eu le plus besoin
A toi qui m'a enfoncée par manque de courage ou par lâcheté
A toi qui préfère raser les murs quand je suis de mauvaise humeur 
plutôt que de demander ce qui ne va pas
A toi qui ne t'intéressera jamais à autre chose que la vitrine 
parce que c'est moins fatigant
A toi qui m'as laissée lutter toute seule 
et qui continue à faire comme si de rien n'était
A toi qui a fait de l'indifférence et de l'indélicatesse ton jardin.
Sache que j'arrêterai d'être magnanime.

Et aussi à toi qui m'a regardée dans les yeux en me demandant comment ça va
Qui n'a pas détourné le regard quand les larmes ont coulé
A toi qui m'a dit « Mais tu aurais dû me dire que ça n'allait pas, 
j'aurais adapté mon programme pour toi »
A toi qui ne compte jamais les heures quand il s'agit de moi
A toi qui m'aimes comme je suis sans aucune restriction
A toi qui m'offres l'hospitalité ou juste ton épaule pour pleurer
A toi qui m'a invitée à déjeuner alors que je pensais 
que tu ne te fichais de moi
A toi qui m'a tenu la porte avec un sourire
A toi qui m'a proposé de l'aide quand je vidais toute seule mon grenier
A toi qui m'a fait un compliment gratuit quand je regardais 
une fringue dans une vitrine, un soir quand les magasins avaient fermé
A toi qui m'as envoyé une carte postale avec un message chiadé 
que t'avais vraiment pris le temps d'écrire
A toi qui as caché un gâteau d'anniversaire mon frigo 
que j'ai découvert en rentrant de vacances
A toi qui m'as dit « J'arrive » sans que j'ai eu besoin de demander.
A toi qui m'évites de devenir complètement misanthrope.
Merci.

Vancouver et bleu

Vancouver et bleu

La plage grise et les oies qui dorment

La patte en l’air

Les enfants dans l’eau

Et le pont Burrard derrière moi

Les voiliers et les porte-conteneurs

Les immeubles luisants

Les surveillants de plage

Et les filles en maillot de bain

Le drapeau canadien

Et au loin, pas si loin

Les sapins et les morceaux de bois flotté

La montagne en plusieurs épaisseurs

Et le ciel par-dessus

 

Tokyo

J’ai fait le tour de la Yamanote

J’ai pris mon shoot de liberté

Pour longtemps en métro aérien

Ceux qui sont restés

Ne comprendront jamais.

On laisse un hôtel

On laisse un métro

On laisse sous terre un train

J’ai laissé mon coeur sur les voies

Avant que l’amour le dévoie

Etoile noire

Tu dis que j’ai une étoile

Au-dessus de ma tête

Je pense que c’est une étoile noire

Qui absorbe toute la lumière

Et ne renvoie rien

Mate, lisse et sans aspérités

Ni volonté de briller

Elle ne guidera jamais aucun bateau

C’est une étoile qui prend l’eau