Tous les autres,
Lampions,
Toi, le ciel étoilé
Tous les autres,
Jachères,
Toi la lande, la bruyère
Tous les autres,
Lampions,
Toi, le ciel étoilé
Tous les autres,
Jachères,
Toi la lande, la bruyère
C’est un arc-en-ciel en cage
Une nuée enfermée
Et un coeur qui se soumet
Un grand vent qui sent l’orage
Mais ne peut pas éclater
Je ne veux plus être sage
Je reprends ma liberté
On avait décidé
Hop le coeur au placard
Puisqu’il ne servait plus
Il avait le cafard
Confiné dans sa gangue
Il se mourait, exsangue
Quand tout d’un coup
D’un seul,
Quand la France nécrosait
On frappa à sa porte
Et même on le secouait
On l’avait reconnu
On lui donnait de l’eau
On lui hurlait
« Regarde, regarde
Les battements sous la peau »
Puisqu’il avait le pouvoir de le faire, il la réduisit à un tas de branchages. Du bois poreux, haché menu par la morgue que lui conférait sa position de dominant, d’aigle royal, croyait-il.
Elle était disloquée et brûlante, inerte. Mais soudain, elle s’enflamma, faisant crépiter ce qu’il lui restait de corps et d’âme.
L’étincelle le surprit, alors qu’il était penché sur elle pour admirer son oeuvre. Il fut carbonisé immédiatement et entièrement.
Elle contempla le tas de cendres, et lui dit : » Je suis et demeurerai la braise. »
C’est février comme avril
Le printemps au bout des cils
C’est la jonquille et le lierre
L’émoi se joue de l’hiver
Elle courut dans les allées d’Orsay jusqu’au tableau, propulsée par la lumière bleue qui transperçait la vaste verrière. Insensible aux sourcilleux agents de sécurité, peu habitués à ces élans du coeur, retranchés en eux-mêmes. Garants d’une expression plate des sentiments, pas rageuse, comme celle qui l’animait, la débordait. Hermétiques aux vibrations de la foule, uniquement raccordés à leurs oreillettes.
Elle ne voulait être ni hermétique, ni calme. Elle courut, arriva. Se prit la toile en pleine face, plantée dans le mur au-dessus d’une canopée de cheveux de touristes asiatiques.
Tant de fois elle l’avait imaginée, tracé ses contours pour elle-même dans sa cervelle. Aujourd’hui, il se dressait devant elle, ce pubis touffu, ces courbes que d’aucuns trouvaient obscènes.
La canicule transformait les hommes en paille de fer, au-dehors. Leurs larmes séchaient avant même d’avoir existé. Elle se laissa glisser sur le carrelage frais.
Les braises d’hier
Ton incisive dans mon coeur
Le vent d’aujourd’hui
Mais ta splendeur qui demeure
Le coeur en bandoulière, enveloppé de plusieurs bandes de gaze. Le ciel rose qui crève les nuages à travers le toit, la tête renversée. Les pieds au mur pour laisser la journée s’écouler.
Tout ça, elle aimerait lui raconter. Mettre sur le papier toutes ces émotions qui la boursouflent tous les matins et tous les soirs.
Lui dire quelles étoiles elle a vu quand il était là. Sur quelles vibrations elle a tissé sa toile d’araignée, fils légers, roulés dans le givre de janvier. Mais elle sait que la lune n’a pas brillé pour lui. C’était juste un reflet. Une flaque dans laquelle il a marché.
La rose rouge porte beau
Dans le bouquet sur la photo
Sur la pierre froide
Un dialogue absent
A ma mère à ma soeur
Des mots qui glacent le sang
La rose rouge portait haut
Mon coeur contre le tien
Quand tu m’attendais, héros,
Le soir à la descente du train
La rose rouge s’effeuille dans le vase
Quand l’acide des mots
M’explose au visage
Les débris de verre et de ciel
Tes histoires, de moins en moins belles
La rose rouge
Comme le sang en étoile
Et cet amour qui ne bouge
Sur le marbre je m’étiole
Et je finis de crever
Comme un ballon dégonflé
Le coeur froid
Car il n’est empli
D’aucune litanie
Comme la pierre polie
De ses rues anciennes
Où se bousculent les âmes
En verre dépoli
Pas de place pour la mienne
Jérusalem