Canicule

Elle courut dans les allées d’Orsay jusqu’au tableau, propulsée par la lumière bleue qui transperçait la vaste verrière. Insensible aux sourcilleux agents de sécurité, peu habitués à ces élans du coeur, retranchés en eux-mêmes. Garants d’une expression plate des sentiments, pas rageuse, comme celle qui l’animait, la débordait. Hermétiques aux vibrations de la foule, uniquement raccordés à leurs oreillettes.

Elle ne voulait être ni hermétique, ni calme. Elle courut, arriva. Se prit la toile en pleine face, plantée dans le mur au-dessus d’une canopée de cheveux de touristes asiatiques.

Tant de fois elle l’avait imaginée, tracé ses contours pour elle-même dans sa cervelle. Aujourd’hui, il se dressait devant elle, ce pubis touffu, ces courbes que d’aucuns trouvaient obscènes.

La canicule transformait les hommes en paille de fer, au-dehors. Leurs larmes séchaient avant même d’avoir existé. Elle se laissa glisser sur le carrelage frais.

 

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