L’oeil noir
Sur la scène, en sourdine
Le coeur croisé derrière les mots
Jetés comme des bouées à un noyé
C’est comme ça que je t’imagine
Voyageur immobile
Qui lance des échelles vers le ciel
Avec un stylo
L’oeil noir
Sur la scène, en sourdine
Le coeur croisé derrière les mots
Jetés comme des bouées à un noyé
C’est comme ça que je t’imagine
Voyageur immobile
Qui lance des échelles vers le ciel
Avec un stylo
Coeur commun
Un clou dans la peur
Un jour il faudra
Se résoudre
A jeter les fleurs
A hauteur de cancrelat, les volumes ne sont pas les mêmes. Les peines non plus. Peut-être n’en a-t-il pas. Ses antennes luisantes ne captent aucun battement de coeur, aucune connexion neuronale toxique à l’écoute d’une stridence de guitare électrique.
Il se concentre juste sur l’effritement du mur en pierre, qui peut le précipiter à tout moment vers la mort, sans sommation.
Elle le regarde se faufiler entre deux lattes du plancher zébré par les passages successifs des êtres humains, insouciants ou le coeur gorgé de solitude qui se déverse en flaques, selon les jours.
Il disparaît. S’il revient, elle le tuera.
La belle affaire
Le coeur à l’envers
Les bras en croix
Je n’attendais que toi
T’aimerais bien que j’dise ça
De jolis clichés
Comme des perles à un collier
Mais c’est pas comme ça que j’te vois
Toi t’es du standing supérieur
Celui qui brode des lettres d’or
Tout autour de mon coeur
Qui ne voit pas dans mes bras
Qu’un refuge pour t’éventer
Quand la vie te déçoit
Au contraire tu convoques, tu décides et tu vois
Partout où tu le pourras
Tant de ciels exaltés
Eclatants, irisés
Resquilleur du ciel
Amant à fragmentation
Toi qui veux tout voir et ne rien payer
Toi qui veux tout prendre et ne rien donner
Qui a voilé ton coeur, emmailloté
Tandis que le mien tente de surnager
Ton coeur qui bat a minima
Quand le mien se débat
Tout alourdi de toi
Avec lui elle n’aura qu’une seule joie. Qu’il pose les yeux sur elle. A chaque fois, ce sera la lacération dans le ventre. Mais même quand il la regarde, elle ne sait pas s’il la voit.
Tout la transperce. L’arête de son nez quand il est de profil ; les pommettes. Hautes. La délicatesse du pourtour de l’oreille, que recouvrent ses cheveux quand ils ont un peu poussé.
Sur la carte d’identité qu’il a laissé traîner, il ne sourit pas. Le visage fin, racé, avec la mine d’un repris de justice au sortir d’un parloir.
Elle a traversé la rue, il s’en allait déjà. Elle s’est retournée, bien sûr. Il ne s’est pas retourné, bien sûr. Il avait enfilé un casque sur ses oreilles. Elle n’était déjà plus rien.
Il sent la lessive. Une odeur forte, mais ordinaire.
Il aurait bien aimé aller prendre un café, elle le devine à chaque fois qu’elle le croise.
Mais le monde est mal fait, même s’il ne l’a pas encore compris.
C’est l’odeur de vétiver qui lui donne envie d’entrer dans l’espace d’un homme. Pas celle du détergent, même parfumé.
J’ai quelqu’un dans mon cœur, oui,
Lui il me pose sur sa table de nuit
Sans y penser, il se débarrasse
En fait je crois, je l’embarrasse
Alors que j’aimerais lui faire du pied
Sous la table
Il m’a rangée dans une carte postale
Avant de refermer le tiroir
Son coeur, comme son lit, était escamotable. Il le rangeait tous les matins en espérant ne pas avoir à défroisser les draps quand il rentrerait.
Dans un compartiment étanche, à l’abri de la poussière, et surtout, de la lumière de l’extérieur.
Des rayons ardents de tous ces gens, de toutes ces filles qui potentiellement pourraient avoir envie de déplier le lit et de se nicher contre son torse.
Il n’en voulait plus, de cette chaleur artificielle. Elle finissait toujours par s’éteindre.
Il avait donné côté brasier, et côté obsolescence programmée.
Bien sûr, le monde s’effondrera un jour. Le marronnier du jardin disparaîtra dans les profondeurs de ce qu’il restera de la terre, ou aura explosé en cent mille morceaux d’écorce, projetés à la vitesse de l’éclair à des kilomètres à la ronde.
Mais en attendant, il veille sur moi, qui le regarde tous les soirs de ma fenêtre sous les toits. Sans croire en rien, je lui adresse pourtant à chaque tombée de la nuit quelques mots. Ma solitude rejoint alors celle de tous les autres, en s’éparpillant dans la voie lactée.
Mais ce matin là, la torpeur n’a pas gagné. Une autre solitude se tient à côté de la mienne, accoudée à la fenêtre. L’oeil brun-vert un peu embrumé, elle observe. Elle a laissé son bracelet en forme de chapelet sur la table de nuit.
Si on agrège deux solitudes en suspension, cela fait-il un nuage ?