Contre ton coeur
A travers ton dos
Le sang s’infiltre entre les mots
Que j’aimerais te jeter,
Avide.
Contre ton cou
A travers la peau
Ma peine s’infiltre
Entre les mots
Qui ne viendront jamais,
Limpides.
Contre ton coeur
A travers ton dos
Le sang s’infiltre entre les mots
Que j’aimerais te jeter,
Avide.
Contre ton cou
A travers la peau
Ma peine s’infiltre
Entre les mots
Qui ne viendront jamais,
Limpides.
La peine marbrée glisse
Sur les pierres du cimetière
Crois-tu que l’eau des fleurs aurait été changée ?
Pour moi toutes les fleurs
Sont mortes désormais
Sur la tombe d’à côté
Lui aussi hume l’air
Lui aussi cherche un signe
On dirait que jamais
Jamais ne se résigne
Même si l’âge le dévore
Il n’oublie pas son cœur
Fiché six pieds sous terre
Mes larmes épuisées
Se mêlent à la rosée
Crois-tu que les oiseaux arrêteraient de voler ?
Pour moi tous les oiseaux
Sont sans ailes désormais
Sur la tombe d’à côté
Contre son pouls il porte
Son souvenir en poussière
Dans un cadran de montre
Pour lui le temps s’est mué
En éclats de cendres dorées
Il s’est placé juste à côté du réverbère. La moitié de son visage dans l’ombre, sa main, qui tient son portable allumé, aussi.
Elle rentre d’une soirée, le coeur dans les talons. Tous les convives, sauf elle, évidemment, formaient couples et familles. Elle a mangé sa tranche de boeuf en piquant nerveusement la chair de sa fourchette. Ne pas pleurer, pas l’endroit, pas le moment.
Elle gare la voiture, sans regarder, presque d’une main. La nuit forme une voûte d’un noir sec au-dessus de sa tête. Elle traverse la route, hâtant le pas.
Il la voir sortir de sa voiture, sa respiration se bloque. Elle passe juste à côté, sans le regarder, mais perçoit le mouvement, infime, qu’il amorce vers elle. Il a rendez-vous, pense-t-elle. A 2 h 30 du matin, dans une rue déserte ?
Il attends une pute, sûrement. Il a cru que c’était moi. Cette pensée la traverse comme un coup de cutter. Elle a juste le temps de s’engouffrer dans le hall de son immeuble avant d’exploser en sanglots.
L’oeil noir
Sur la scène, en sourdine
Le coeur croisé derrière les mots
Jetés comme des bouées à un noyé
C’est comme ça que je t’imagine
Voyageur immobile
Qui lance des échelles vers le ciel
Avec un stylo
Coeur commun
Un clou dans la peur
Un jour il faudra
Se résoudre
A jeter les fleurs
A hauteur de cancrelat, les volumes ne sont pas les mêmes. Les peines non plus. Peut-être n’en a-t-il pas. Ses antennes luisantes ne captent aucun battement de coeur, aucune connexion neuronale toxique à l’écoute d’une stridence de guitare électrique.
Il se concentre juste sur l’effritement du mur en pierre, qui peut le précipiter à tout moment vers la mort, sans sommation.
Elle le regarde se faufiler entre deux lattes du plancher zébré par les passages successifs des êtres humains, insouciants ou le coeur gorgé de solitude qui se déverse en flaques, selon les jours.
Il disparaît. S’il revient, elle le tuera.
La belle affaire
Le coeur à l’envers
Les bras en croix
Je n’attendais que toi
T’aimerais bien que j’dise ça
De jolis clichés
Comme des perles à un collier
Mais c’est pas comme ça que j’te vois
Toi t’es du standing supérieur
Celui qui brode des lettres d’or
Tout autour de mon coeur
Qui ne voit pas dans mes bras
Qu’un refuge pour t’éventer
Quand la vie te déçoit
Au contraire tu convoques, tu décides et tu vois
Partout où tu le pourras
Tant de ciels exaltés
Eclatants, irisés
Resquilleur du ciel
Amant à fragmentation
Toi qui veux tout voir et ne rien payer
Toi qui veux tout prendre et ne rien donner
Qui a voilé ton coeur, emmailloté
Tandis que le mien tente de surnager
Ton coeur qui bat a minima
Quand le mien se débat
Tout alourdi de toi
Avec lui elle n’aura qu’une seule joie. Qu’il pose les yeux sur elle. A chaque fois, ce sera la lacération dans le ventre. Mais même quand il la regarde, elle ne sait pas s’il la voit.
Tout la transperce. L’arête de son nez quand il est de profil ; les pommettes. Hautes. La délicatesse du pourtour de l’oreille, que recouvrent ses cheveux quand ils ont un peu poussé.
Sur la carte d’identité qu’il a laissé traîner, il ne sourit pas. Le visage fin, racé, avec la mine d’un repris de justice au sortir d’un parloir.
Elle a traversé la rue, il s’en allait déjà. Elle s’est retournée, bien sûr. Il ne s’est pas retourné, bien sûr. Il avait enfilé un casque sur ses oreilles. Elle n’était déjà plus rien.
Il sent la lessive. Une odeur forte, mais ordinaire.
Il aurait bien aimé aller prendre un café, elle le devine à chaque fois qu’elle le croise.
Mais le monde est mal fait, même s’il ne l’a pas encore compris.
C’est l’odeur de vétiver qui lui donne envie d’entrer dans l’espace d’un homme. Pas celle du détergent, même parfumé.