Ton quai

Tu as coulé ma barque en carton

Déserté mon port d’attache

Je sais que ma mer est intranquille

Mais parfois, tu sais, elle scintille

On recherche la lumière de mon phare

Mais je suis si seule à activer les leviers

Je crevais de pouvoir être ton quai

Même si tu faisais le tour du monde dans un cargo sans arrêt

De ce bois vermoulu, tu n’en as pas voulu

La tempête

Baisser la garde

Lâcher les chiens

Ouvrir les vannes des barrages hydro-électriques

Couper les cordes

Pousser le moteur jusqu’à l’explosion

Pulvériser l’argenterie avec un char de chantier

Desserrer le col

Laisser s’entrechoquer

Les dents qui claquent comme des portes

Qu’on a arrêté de verrouiller

Faire sauter les plombs

Et crisser les fourchettes sur les assiettes

Briser les vases et les fleurs avec

Laisser s’engouffrer la tempête

Et les airs qui n’en font qu’à leur tête

Pas une dune

Tu n’es pas un cercle d’étain et de verre

Tu n’es pas une dune

Ton sable ne s’écoule pas à l’envers

Tu n’es pas un pin parasol

Ton ombre ne protège personne

Tu n’es pas une aurore boréale

Ta brillance n’atteint pas le nord

Tu n’étais qu’une volute de fumée

Une étincelle si vite dissipée

Moi aussi

Moi aussi j’ai envie

De poster des selfies

De serrer dans mes bras

Jusqu’à l’étouffer

Sentir sous la chemise le coeur qui bat

Faire des trucs que j’avais dit

Que jamais je ne ferais

Me poser dans son cou

Comme si c’était une île

Le trouver dans mon lit

Quand la journée est finie

Le cheveu en bataille et la peau chaude

Moi aussi j’ai envie, pour une fois

De voir plus loin

Que le bout de mon nez

Que le bout du week-end

Que le bout de l’année

L’été est mort

Ce matin l’été est mort

C’est moi-même qui l’ai enterré

Tout au fond de mes pensées

Cette chaude lueur

Cessera d’iriser de ses splendides couleurs

Ce qui reste de mon coeur

Ce matin l’été est mort

Puisque j’ai fait le deuil de ton corps

De ces mots qui pour toi ne voulaient rien dire

Ce matin l’été est parti en fumée

Je crois que je me suis trompée

Penser à quelqu’un

Penser à quelqu’un

Quand rien ne t’y oblige

Penser à celui

Qui jamais ne transige

Penser à quelqu’un

Quand le malgré soi s’en mêle

Penser à quelqu’un sans nom

Pensez à ses mains, au son

De sa peau contre la mienne

Y penser et l’intégrer

Dans tous les pores de sa peau

Comme l’oiseau enfin qui décolle

Ne touche plus jamais le sol

30 août

La maison s’est effondrée

Et je suis en miettes à côté

Le coeur ouvert, pulvérisé

En morceaux de chair brisés

Tu continueras ton chemin

Sans regarder en arrière

Je vais arrêter de respirer

En pensant à tes mains

Que je ne sentirai plus jamais

Tous ces mais qui se dressent entre nous

Sont d’injustes coups de marteau

Alors que j’avais remisé les armes

Je dois monter en hâte un mur

Entre moi et mon coeur, mon âme

Je garde en moi

Je garde en moi

Tous les émerveillements

Tous les coeurs qui explosent

Les fonds des yeux luisants

Les hommes courageux, fiers et droits

Les premières eaux turquoise

Et les serments de foi

Je jette très loin

Les mascarades immondes

Les reproches qui grondent

Les choses sales qui trainent

Et les larmes moisies de rancoeur

Je laisse là ton coeur

Je lance le mien très haut

Pour voir s’il retombe