Le ressac
Sur la mer éventrée
L’eau inlassablement
S’use à remonter
Les souvenirs comme les vagues
Qui débordent d’écume
Comme les larmes s’épuisent
Ruissellent les rancunes
Le ressac
Sur la mer éventrée
L’eau inlassablement
S’use à remonter
Les souvenirs comme les vagues
Qui débordent d’écume
Comme les larmes s’épuisent
Ruissellent les rancunes
Je n’oublierai jamais
La lumière de mai
Les sentiers de Corrèze
Et le bout du chemin
Debout tu m’attendais
Moulin-Haut
Les lambeaux
Avant la pluie
L’espoir, avant la folie
Et l’acide de tes mots
Qu’il pleuve et qu’il vente
Au diable l’eau stagnante
Qu’emporte la marée
Ce nuage éclaté
Qu’il pleuve et qu’il tonne
Dans mon coeur essoré
Mes espoirs éventés
Je ne suis pas ton ectoplasme
Je ne suis pas ton cataplasme
Ni un drap blanc
Comme un écran de cinéma
Où tu projettes tes rêves sans mes sentiments
Et ta lumière sans mon ombre
C’est vrai que les coeurs solitaires
Souvent ne savent que se taire
C’est vrai qu’il faut accepter
Parfois de lancer ses filets
Sans rien espérer remonter
C’est vrai qu’il en faut du courage
Pour sortir la tête du mirage
Mon marin démâté
A la mèche sur l’oeil
Et l’exil dans le coeur
A l’assaut rugissant
Des déferlantes d’acier
Avec ses tripes salées
Ses rêves en bandoulière
Il repart à la mer
Sans avoir su nager
D’horizon et de vent
Il ne sait qu’espèrer
« Et toi, de quel sceau ton coeur est-il marqué ? » demanda-t-il, appuyé contre le rebord de la fenêtre. Dehors, le ciel hésitait entre rose et orange, bardé de nuages filandreux troué de nuées d’hirondelles.
« D’aucun, répondit-elle vivement, en repoussant sa frange sur son front. J’ai jeté un voile sur ses oreillettes, ce qui empêche toute tentative d’intrusion. »
« Mais pourquoi parles-tu d’une intrusion ?, s’exclama-t-il. C’est un voyage, où tu ouvres grand les portes et où le vent s’engouffre. Non ? »
« Dans mon monde, on parle d’une bataille, rétorqua-t-elle en lui saisissant l’avant-bras. Regarde : tu vois le bas de mon épaule droite ? »
Il ne voyait rien que son épaule bronzée, légèrement dépigmentée par endroits comme le sont les peaux mates. Il essaya de capter son regard, mais il était devenu sombre et aqueux comme le fond d’un puits.
« Il y a trois ans, tu vois, j’ai embarqué pour un voyage, comme tu dis, reprit-elle dans un souffle. J’ai ouvert toutes les portes, les vannes, ce que tu veux, laissé s’engouffrer le vent, les nuages, le soleil et même la pluie. Je virevoltais et je me croyais partie pour longtemps. Puis le voyage, comme tu l’appelles, s’est arrêté comme il avait commencé. J’étais partie tellement loin… Mais on me reprenait le ticket des mains. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un voyage, mais d’une bataille que j’avais perdue. J’étais partie avec une valise légère alors qu’il m’aurait fallu un fusil pour me protéger. J’en suis rentrée mutilée, comme si on m’avait coupé le bras net, juste en dessous de l’épaule. »
« Mais tu n’en gardes aucune trace », souffla-t-il.
« Si tu ne te fies qu’à ce que tu vois, tu n’as pas fini d’être un imbécile. » Elle ferma sèchement la fenêtre.
» Je boirai ton sang et tu boiras le mien. »
« Tu es folle », dit-il en relevant la tête d’entre ses cuisses.
« Non », répondit-elle, la tête renversée contre les barreaux du lit, les bras en croix sur la couette en lin. « Comme ça, on sera mêlés pour toujours. »
« Je préfèrerais me marier », glissa-t-il avant de reprendre sa position initiale, à genoux sur le parquet, un des pieds dépassant du tapis.
Le cri du paon dans le parc les fit sursauter tous les deux. « Je ne veux pas me marier, et tu sais très bien pourquoi, réussit-elle à articuler. Continue. »
Tu m’embrasses les yeux fermés
Et tout mon corps sent l’été
Tu m’embrasses le coeur ouvert
Le mien, cette montgolfière
En finit avec l’hiver
Mes mains sur ton cou
Comme des mots en collier
Puisque ta peau et la mienne
Puisque ta peau est la mienne
Et si le ciel ne s’ouvrait pas
Comme la mer entre deux bras
Et si le printemps à attendre
Devenait un tas de cendres ?
Et si le soleil s’éteignait
Comme mon coeur, ce balancier ?