Voir Le Havre

L’après-midi avait été mondaine. Elle avait laissé flotter ses yeux en dessous des capelines lustrées des belles de Neuilly, émigrées pour la journée sur l’hippodrome normand. Croisé, l’espace d’un instant, un vieux chanteur célèbre, surprise par sa petite taille et sa dense chevelure blanche. C’était là la seule touche d’élégance du bonhomme, vite effacée par ses lunettes aviateur et son teint qui faisait penser à un pain d’épices trop sec.

A présent elle se lavait de l’odeur du crottin haut de gamme dans l’eau brouillée mais tiède de la Manche. Tout au fond de la baie, les rondeurs des cuves de fioul et les baguettes chinoises des cheminées des usines crachant une fumée gris clair, s’accordant au camaïeu des nuages.

C’était l’un de ses bonheurs les plus vifs, où qu’elle se baigne sur cette côte. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que les nuages de la palette de Boudin aient colonisé le ciel, elle avait toujours cet espoir : « Crois-tu qu’on va voir Le Havre ? »

 

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