La fille sans coeur

Je vais mettre mon cœur dans une consigne blindée à la gare. De toute façon, il ne me sert à rien. J’espère qu’il explosera et que ses morceaux provoqueront un trou béant.

Ainsi, plus personne ne pourra jamais plus l’approcher, ni même se l’imaginer en rêve. Il sera détruit, mais il sera aussi sauvé, et c’est bien là le principal. Ainsi, je serai la fille sans cœur. Celle qui a une poitrine creuse quand on la regarde de profil. Qui marche sans regarder autour d’elle.

Ceux qui ont la mémoire longue se rappelleront de ce cœur énorme qui prenait beaucoup trop de place. « Tu sais, il lui remontait jusque dans la gorge, elle ne pouvait pas respirer une minute sur deux », diront ceux qui s’en souviendront. « Il avait besoin de trop de sang », dira un autre. « La plupart du temps, elle était livide, à cause de la pompe en folie et de ses ventricules lancés à 100 à l’heure. »

Que de l’air dans la poitrine, de l’air frais, comme celui qu’on inspire quand on est heureux. Cet air qui remplit tout d’un coup, et qui se suffit à lui-même. Cet air dont on manque, chaque jour qui passe et qu’on retrouve des fois par spasmes, quand on n’y croyait plus. Cet air qui m’a rempli quand j’avais encore un cœur et que tu m’as demandé, dans le noir, en janvier : « Et tes palpitations, Audrey ? »

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