La lune qui luit
A les clés de la nuit
Et l’empreinte de mon coeur
Dans l’ombre d’un cratère
La lune qui luit
A les clés de la nuit
Et l’empreinte de mon coeur
Dans l’ombre d’un cratère
Pas de furie
Pas de vague
Et pas de sang sur le sable
Pas d’épine
Dans ta couronne
Non contre moi
Pas d’armée
Un pas de deux
Apaisé
Sur l’écran de son portable
Son visage apparaît
Petit tout juste né
Un futur adorable
Ces jeunes arrivés
Louise, Achille, Romi,
Joliment colonisent
Tous ses calendriers
Ils ne sont pas à elle
Ne le seront jamais
Son ventre, c’est décidé,
Demeurera fermé
Mais son âme enrichie
De toutes ces belles étoiles
Et son coeur gonflé
D’amour comme une voile
C’est une traversée
Soliloque insensé
Au détour de tes bras
Les ailes d’une raie manta
« Mais non, tu ne m’embarrasses pas ! », hurla-t-il. Campé au milieu de la pièce, il tenait dans sa main droite sa longue mèche de cheveux, comme à chaque fois qu’il était contrarié.
Le silence valait plusieurs tonnes de goudron.
Elle répliqua : « Je ne t’embrasse pas non plus. Des fois, deux lettres, ça change tout. » L’ironie était son royaume, puisque l’amour ne la laisserait jamais entrer.
Contre toute attente, il se calma. « Viens là. » Elle le serra, doucement, pour ne pas faire craquer son squelette si léger. « Où est ta vertèbre branlante ? » demanda-t-elle, faisant glisser ses mains le long de sa colonne.
« Ici », dit-il en lui attrapant les mains. « Laisse. »
Il la jeta sur le lit.
Survit-on à la passion ? Je ne sais pas.
Moi, elle m’a laissée mutilée, m’a arraché le bras gauche, celui qui est relié au coeur.
Vous voyez, aujourd’hui, je vous écris de la main droite. Aucune séquelle de ce côté-ci. Le cerveau a dû jouer son rôle de disjoncteur. Il m’a sauvé la vie. L’hémorragie consécutive à l’arrachage du bras m’aurait été fatale.
Aujourd’hui, mon bras a repoussé. La main, aussi. Les terminaisons nerveuses se sont connectées à nouveau entre elles, ce pour quoi elles ont été créées, quel que soit l’état de la mécanique générale. Elles n’ont que faire de la dévastation, ni du membre fantôme, dont la douleur perdure dans le souvenir, entretenu par des élancements bien réels.
Avant-hier, il a répondu à un message. J’ai ainsi pu vérifier que l’installation qui part de mon épaule fait durablement son office. Le choc électrique du SMS sur l’écran est remonté brutalement en un fluide froid et acide, régénérant. Pervers.
Puis, la désolation.
J’ai un nouveau bras gauche, raccordé à un logiciel éprouvé. La pompe générale demeure dans le désarroi. A en regretter le temps où elle traitait du flux sans emphase, purement utilitaire.
Survit-on à la passion ? Ceux qui en sont morts vous le diront.
Qu’y a-t-il dans ta nuit
Que je ne puisse guider ?
Qu’y a-t-il dans ton coeur
Que je ne sache trouver ?
Dans mon sang c’est une symphonie
De vent et de bruit
Viens, j’accrocherai mon coeur
En haut d’un cerf-volant
On laissera la vase
Au bec des goélands
Viens, je rangerai nos peines
Tout au fond du panier
Hissé haut
Notre amour ne prendra pas l’eau
Le feu qui couve
Dans un bac à glaçons
Si on sautait du pont ?
Pour chasser de tes yeux liquides
La peur de dire non
Tu as mis un Cerbère
A l’entrée de ton coeur
Même si c’est une volière
Où souvent les oiseaux
Planent la tête à l’envers