Empaillée

J’ai envie de me délester

Ôter ma peau

La dérouler sur le bas-côté

Et ma tête sur le buffet

Au milieu des animaux empaillés

Elle serait du meilleur effet

Faire des lianes avec mes veines

Pour voler entre les conifères

Raser mes cheveux

Les jeter au feu

Me strier le visage

Avec des larmes de joie

Des sillons de beauté

Arrêter de pleurer

Sur ton nuage

Tu étais sur ton nuage

Moi pas loin derrière

Dans le ciel de traîne

Comme un voile effiloché

On a laissé derrière nous

Tout ce béton armé

Les ailes d’emprunt te vont bien

L’étoile filante

De mon coeur en coton

T’accompagne

Loin de l’orage et des soupirs plombés

Ces ciels

Comment se lasser de ces ciels

Que je vois au fond de tes yeux

Parfois lisses, parfois tempêtueux

Epuisés, quand la brume a tout lessivé

Dégagés quand d’un coup le vent s’est levé

Tu voulais être heureux m’as-tu dit

Ce moment-ci, tes yeux étaient bleu-gris

De guerre lasse

De guerre lasse

On passe à l’as

On garde les sentiments en dedans

Le coeur de glace

Le sang

Quand mon coeur se sera désséché

Quand il aura retrouvé

Un peu de liberté

Quand les larmes l’auront lessivé

Quand il sera dessalinisé

J’arriverai à voir l’arc-en-ciel

Plutôt que le gris du ciel